Cinemapolis

De 1897 à 2019, cette exposition, qui s’est déroulée au Musée Masséna, retrace 123 ans d’histoire du cinéma à Nice à travers des affiches, des photographies de tournage, des extraits de films, des citations, des décors, des manuscrits. Dans ce dédale cinématographique, venez découvrir cette mémoire du 7ieme Art Niçois.

Vidéo de Présentation Cinemapolis

La première partie de cette exposition débute en 1897, date à laquelle les premiéres images animées des Frères Lumiéres sont tournées, et se termine en 1919 où commence la construction des Studios de la Victorine.

1897

Images Animées du Carnaval de Nice

Les Frères Louis et Auguste Lumière tournaient des Images Animées du Carnaval de Nice, profitant de la lumière naturelle de la ville.

1900

C’est à l’occasion de l’exposition universelle de Paris que devait se déroulait une projection, avec un tout nouveau procédé de 10 appareils simultanés à 360° de Raoul Grimoin-Sanson, qui devait offrir les premières images de Nice. Mais tout tomba à l’eau, les films ayant pris feu.

1905

Le Cinéma Variétés – 1978. Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine Archives d’architecture du XXe siècle. Fonds Eldorado, association pour l’histoire des salles de cinéma

Construit par l’architecte Dalmas en 1903, l’immeuble « Palais Donadei » occupe un îlot tout entier à l’angle du boulevard Victor-Hugo, des rues Raynardi, Eugène-Emmanuel et Maréchal-Joffre.


En 1905, le Casino Tabarin y est édifié dans la cour. Il y accueille des projections et n’a cessé, jusqu’à maintenant, d’être un cinéma. En 1910, s’annonce, au Théâtre des Variétés, l' »American Cinema » dans sa salle à ciel ouvert. L’établissement ajoute en 1920 à sa dénomination Variétés « Cinéma Palace » afin d’indiquer qu’il est désormais plus que cinéma. En 1984, il sera transformé et accueille sept salles. Le Cinéma Variétés est toujours en activité aujourd’hui.

1906

C’est seulement dans les années 1906-1907 que le cinéma se fixe définitivement dans les lieux spécifiques et offre des séances régulières.

L’Espionne, Eden Cinéma Pathé. 1906. Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

Nice Avenue de la Gare, Artistic Cinéma. 1906. Carte Postale, Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Fonds Labouet

Ainsi, à l’emplacement de la taverne Steinhof, haut lieu des premières projections niçoises, avenue de la Gare, plusieurs cinémas vont s’établir. Le premier d’entre eux est le Pathé, L’Éden. Les lieux sont confortables et offrent de nombreuses prestations comme le souligne la presse mondaine de l’époque. Les dernières nouveautés de Pathé y sont acheminées par le train. Des cartes postales publicitaires sont distribuées au guichet.

Des pancartes fleurissent le long de l’axe aujourd’hui connu sous le nom d’avenue Jean-Médecin, signalant les premières salles entièrement dédiées au cinéma. Deux cinémas Pathé existent encore actuellement sur l’avenue.

1907

La présence de la firme Pathé à Nice donne également lieu à l’ouverture d’un studio.

Comme l’indique Laurent Mannoni, la préparation de l’ouverture d’un « théâtre de Nice » est mentionnée dès le mois d’août 1905 dans les archives aujourd’hui conservées par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Une ancienne savonnerie, sise 168, route de Turin, est en tout cas occupée à cet effet, de façon certaine, à partir des années 1907-1908.

Les nombreuses photographies de l’époque montrent un « atelier de prise de vues », des bâtiments réservés à la fabrication du décor, une menuiserie, une réserve de costumes, des loges d’artistes et une petite villa dite « Tomatis », où logent le responsable des lieux et l’équipe.

1909

Les studios Pathé, qui se sont installés précocement à Nice, se lancent rapidement dans une production abondante.

C’est ainsi que, par exemple, le catalogue Pathé mentionne en 1909  »La Gitana »: « La fière et gracieuse Gitana, rudoyée au campement des siens, accepte l’offre d’un séducteur. Elle est aimée, riche, heureuse… mais le souvenir de sa vie libre et im­prévue, mêle un regret à son bonheur. Un jour, elle tressaille au son d’un accordéon : C’est son père et sa mère, vieillis par le chagrin qui parcourent le monde en la cherchant. Son amant la retient dans son élan vers eux et chasse les importuns. Alors la gitana, cédant à ses instincts empoigne un couteau et frappe l’obstacle qui l’empêche de courir vers la liberté des grands chemins. »

La Gitana . 1909, Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
1910
Les Hommes-Sandwichs. 1910, Film, Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

 Certaines réalisations font très tôt apparaître des décors en extérieurs de Nice.


Ainsi  »les Hommes Sandwichs » montre, selon Henri Bousquet, le « directeur d’un Grand Cinématographe Pathé (qui) engage six hommes-sandwichs (…) pour faire de la publicité pour son cinéma. Ils endossent leurs panneaux et commencent à déambuler dans la ville. (…) Après quelques amusantes péripéties comme d’être douchés copieusement par un arroseur des rues, ils se mettent à suivre une femme. Mais au moment ou l’homme de tête se prépare à enlacer la demoiselle, un homme passe entre eux et c’est lui qui se trouvent pris entre les bras de notre homme-sandwich. »


Ces petites scènes comiques, caractéristiques des débuts du cinéma, permettent de découvrir Nice et son hôtel du Parc Impérial.

1913

Sur cette immense plateau extérieur qu’est Nice, c’est d’abord le pittoresque de la ville ancienne qui fournira au cinéma des sujets dont les premiers touristes s’étaient eux aussi enchantés.

Le Carnaval, sa bataille des fleurs donnent vie aux premières images animées, aux premiers reportages d’actualité, et deviennent vite des motifs récurrents dans la filmographie niçoise.

C’est justement le cinéma qui sera choisi, en 1913, comme thématique du carnaval. On peut y voir le char du Cinéma ou le char de l’Opérateur.

Cet événement a été filmé au chronochrome par Gaumont, qui s’installe également à Nice, offrant ainsi les premières images animées de Nice en couleurs. Au cour du XXieme siècle, d’autres éditions du carnaval seront consacrées à la thématique du cinéma, jusqu’à celle de 2019.

Séricourt. Char de l’opérateur. 1913. Photographie. Charenton-le-Pont. Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine. Donation René-Jacques

Séricourt. Char de l’opérateur. 1913. Photographie. Charenton-le-Pont. Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine. Donation René-Jacques

Carnaval de Nice - 1913. Filmé en chronochrome par Gaumont

Pour savoir ce qu’est le Chronochrome
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronochrome

1914
Atelier de Nice des Établissements Gaumont, Théâtre de Nice (propriété des Établissements Gaumont), vue d'ensemble, photographie, ca 1925, Paris, coll. Cinémathèque française

Le succès de la production Pathé à Nice incite Léon Gaumont à ouvrir à son tour un studio au soleil.

En 1913, il acquiert un terrain dans le quartier de Carras. Les « Ateliers de Nice des établissements Gaumont », 2 chemin de Carras, sont composés d’un théâtre vitré, d’un bâtiments réservé aux décors, d’un terrain pour les prises et surtout d’un laboratoire de développement et de tirage, atout majeur. Gaumont confie le lieu, opérationnel en 1914, à Léonce Perret, réalisateur et acteur remarquable qui travaille déjà aux grands studios des Buttes-Chaumont.

A la veille de la Première Guerre mondiale, les trois firmes les plus importantes, Pathé, Éclair et Gaumont, distribuent leurs films à Nice, qui compte alors une dizaine de cinémas, un record pour une ville de province. Le cinéma s’y est définitivement fixé, offrant une nouvelle distraction aux centaines de milliers de touristes qui y affluent.

Bien que la guerre donne un coup d’arrêt à cette activité, le cinéma continue à fonctionner à Nice. Les spectateurs découvrent le cinéma américain, qui va connaître un essor fulgurant.

1915

Plan d’ensemble d’une villa à construire avec mention des studios Gaumont. 1928. Nice. Archives Nice Côte d’Azur

1916

Louis Feuillade s’installe définitivement à Nice.

En temps de guerre, les tournages y sont privilégiés et les pénuries y sont relativement moins pénalisantes qu’à Paris.

Comme les autres marques, Gaumont développe ses propres appareils de prise de vues. « La présentation de cette nouvelle merveille parfaitement mise au point s’est faite le 6 décembre dernier (1912), au Cinéma-Théatre que les établissements Gaumont possèdent 7, boulevard Poissonnière.« 

Cinématographe perfectionné pour projections en couleurs naturelles par le procédé trichrome, Société des Établissements Gaumont.
Paris, la Cinémathèque Française,coll Centre national du cinéma et de l’image animée.
CNC-AP-97-779

1917

Aux côtés d’Arthur Bernède, Louis Feuillade s’attelle cette année-là à Nice au dernier épisode de Judex puis à La Nouvelle Mission Judex.

Comme décrit dans le catalogue Gaumont:

Un mystérieux justicier, Judex, entre en lutte contre le banquier Favraux qui a édifié sa fortune en employant des méthodes indignes. Judex enlève l’usurpateur et l’enferme dans les caves de son repaire. Mais ses plans sont contrariés par une aventurière, Diana, qui devait épouser le banquier. Celle-ci cherche à faire disparaître sa fille mais Judex veille sur elle de tout son amour.

Judex y est interprété par l’acteur René Cresté. La partition du film rappelle l’importance de la bande-son dans le cinéma muet.

D’après Francis Lacassin, c’est en 1917 que Louis Feuillade écrit à Marcel Lévesque, acteur: « Nice est devenue Cinémapolis. Il y a ici aux environs de treize troupes qui tournent, paraît-il.« 

Partition de la valse de Boston écrite pour le film de Louis Feuillade, Judex 1917, Neuilly-sur-Seine, musée Gaumont.

1918

Louis Feuillade Tih-Minh, 6ieme épisode: Les Oiseaux de la Nuit. Affiche d’Emilio Vilà, 1918, Paris, La Cinémathèque française

1919

Au printemps, le producteur Louis Nalpas souhaite implanter à Nice un nouveau studio.

Il connaît le milieu cinématographique et s’associe au producteur Serge Sandberg qui rêve lui aussi d’installer ses propres studios dans la ville. Ils commencent à travailler au cœur de la villa Liserb, à Cimiez.

On y tourne la Sultane de l’Amour, la Fête espagnole

En Mars 1919, les deux producteurs acquièrent une propriété de quatre ou cinq hectares sur la colline Saint-Augustin à Nice qui sera tranformée en studio de Cinéma, La Victorine.

La Villa Massena
  • Nous en avons terminé avec la première partie de cette superbe exposition qui retrace l’essor de l’implantation cinématographique à Nice sur une trentaine d’années.
    Dans la seconde partie, nous naviguerons jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.

Le petit plus

Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition « Nice, cinémapolis » présentée au Musée Masséna, Nice
https://fr.calameo.com/read/005576368ba9e53dadbf7

Les 8 vues différentes du Carnaval de Nice tournées en 1897 par les Frères Lumière
https://catalogue-lumiere.com/series/carnaval-de-nice-1897/

Sources

http://www.nice.fr/fr/culture/musees-et-galeries/musee-massena-le-musee

Cinemapolis