La Cinémathèque
Fièvre

Film tourné en 1921, réalisé par Louis Delluc.
Noir et blanc — 35 mm — 1,33:1 — Muet

43 Mn

D’après la nouvelle Tulip’s Bar de Louis Delluc

En 1923, le film est diffusé en Belgique sous le titre modifié, sans autorisation de l’auteur, de « L’ Amour qui Tue ».

L’actrice Ève Francis est l’épouse du réalisateur Louis Delluc à l’époque.

Tournage: Port de Marseille

L’affiche du film a été dessinée par Bernard Bécan.

  • Synopsis
    Dans un cabaret populaire du Vieux-Port de Marseille, le patron Topinelli et sa femme Sarah remplissent les verres des habitués. Une troupe de matelots de retour d’Orient arrive, s’installe et exhibe les reliques rapportées de voyage. Ils sont bientôt rejoints par des filles avec lesquelles ils font la fête.L’un des marins, Militis, reconnait Sarah qu’il a jadis aimée mais qu’il a abandonné, avant qu’elle n’épouse Topinelli. Sarah est troublée. Tous deux discutent en évoquant leurs amours passées puis ils se mêlent aux autres danseurs sous l’œil soupçonneux du patron, le mari de Sarah. Militis est marié avec une jeune Asiatique, laquelle est importunée par un des clients du bar et, lorsqu’il veut la défendre, cela provoque une bagarre générale entre les marins et les clients. Militis est tué par le patron au cours de la rixe. Tout le monde quitte alors le bar sauf Sarah, qui reste éplorée près du corps de Militis. Les policiers l’emmènent, la croyant coupable.
  • Casting
    Elena Sagrary, Leon Moussinac, Footit, Ève Francis, Edmond Van Daële, Gaston Modot, Yvonne Aurel, Andrew Brunelle
Revue de presse

Fièvre marque une date importante dans le cinéma français de l’époque. Citons le critique Paul de la Borie, qui fut le directeur de La Cinématographie française, il écrit dans La Liberté : « Derrière chaque geste, chaque regard, chaque nuance de pensée ou d’action des héros du film, il y a l’intelligence de l’auteur qui poursuit son but et vise à l’effet médité. Et c’est pourquoi, sans nul doute, jamais nous n’avons vu un drame cinégraphique s’élever à cette intensité d’expression. Mis en scène avec une telle recherche d’art – d’art cérébral plus encore que d’art plastique – interprété par des artistes comme Ève Francis, Elena Sagrary, Van Daële, Modot, qui sont dotés de la flamme intérieure, ce film – cinématographiquement parlant – est admirable. Il est, en tout cas, inoubliable. » (Cité par Samantha Leroy dans son article sur Fièvre, cf le site de la Cinémathèque française).

Revue de presse « Cinéa » du 23 septembre 1921

La restauration

La Cinémathèque française a restauré Fièvre dès 1963 à partir d’un négatif nitrate reçu en dépôt en 1943 et d’une copie d’exploitation d’époque acquise en 1950. En 2008, une nouvelle copie de Fièvre a été tirée à partir du négatif sauvegardé, et ainsi ont été réintroduits les cartons issus de la copie nitrate. Cette même copie nitrate a servi de référence pour l’élaboration des teintes. Fièvre a été édité en DVD par Les Documents cinématographiques en 2015 (« Delluc, l’intégrale ») et mis en musique par Daniel Colin. Remerciements à Brigitte Berg.


Fièvre, d’abord intitulé La Boue, est l’adaptation d’une nouvelle écrite par Louis Delluc en 1919, Tulip’s Bar. « Le lecteur verra suffisamment le déroulement des scènes et leur équilibre, explique-t-il. C’est son imagination, aidée de son intelligence, qui lui évoquera les images à la distance voulue dans la proportion voulue, selon le mouvement voulu. Et le réalisateur, de même, emploiera presque automatiquement les procédés de son métier comme l’écrivain met sa pensée sous forme de mots sans recourir à un dictionnaire. Et même l’apprenti, ignorant de tous trucs professionnels, les apprendra machinalement en obéissant à sa raison. » Produit par Alhambra Film, société de production fondée par Delluc, La Boue est tourné en huit jours seulement dans les studios Gaumont des Buttes-Chaumont. Le décor du cabaret populaire marseillais est construit en quatre jours. Les quelques plans du port de Marseille, contrepoint à l’univers clos du cabaret, sont tournés en extérieur dans le Vieux-Port. Pour incarner les nombreux et indispensables rôles secondaires, Delluc fait appel à des acteurs amateurs, dont quelques amis comme l’ancien clown Footitt ou encore Léon Moussinac, à qui il attribue une personnalité propre et marquée. La Boue est présenté en avril 1921 à la Commission de censure et suscite de vives oppositions de la part des représentants du ministère de l’Intérieur. Ils exigent non seulement la coupe de certaines scènes estimées trop subversives mais également le changement du titre, jugé trop provocant. C’est donc censuré de quelques scènes que le film est finalement accepté par la censure en mai 1921 sous le titre de Fièvre. Delluc rapporte dans Cinéa ses sentiments sur le plateau : « La vie du Bar-bar commence. Ève Francis silhouette sa robe photogénique sur la toile de Bécan où dorment les bateaux du Vieux-Port. Elle attend quoi ? Que les bateaux aient des pattes, que la rose d’argent érigée sur le comptoir fleure l’héliotrope ou que Modot ressemble à Joubé ? On verra bien. Ce Modot est épatant. Et voilà bien son seul défaut. Dès qu’il entre dans un rôle, tout y est, et l’on s’apprête à ne rien lui dire tant il est peu acteur, mais homme. Ses godillots de faux luxe, sa chemise à carreaux, sa coiffure savante, sa gueule précise et bien musclée, quelle allure ! Et quelque chose en plus, à l’intérieur : le sens du cinéma. »
Samantha Leroy

La Boue a du subir des coupes avant de sortir à nouveau sous le titre Fièvre.

« La Censure ajourne son visa pour La Boue. Un bar à matelots est choquant, paraît-il. Et il y a huit ans que je vois les dancings-saloons (on peut prononcer b…) du Far-West, où la prostitution, l’assassinat, le chantage sont les moindres sports. Étrange!! Amicalement »

Louis Delluc, Comoedia, 7 avril 1921

Photogramme du film : Solange Sicard à gauche et Ève Francis.

Extrait du Film non restauré
Film en entier restauré
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