La Cinémathèque
Mathias Sandorf

Film tourné en 1921, réalisé par Henri Fescourt.
Noir et blanc — 35 mm — 1,33:1 — Muet
114 Mn

Film en 9 épisodes

D’après le roman de Jules Verne

Affiche de l'épisode 1
  • Synopsis
    Les aventures du révolutionnaire Mathias Sandorf.
    En 1867, à Trieste, l’aventurier Sarcany et le banquier Silas Toronthal dénoncent le riche Mathias Sandorf, Étienne Bathory et Ladislas Zathmar qui conspiraient pour faire échouer la dictature en Hongrie. En récompense, les deux délateurs obtiennent la moitié de leurs biens. Réunis dans la même cellule, les trois prisonniers parviennent à s’évader. Sandorf et Bathory sont pris en chasse tandis que Zathmar, mortellement blessé, est repris. Les deux survivants sont recueillis par le pêcheur Andréa Ferrato et sa fille Maria. Mais ils sont dénoncés par Carpena, un vaurien qui courtise Maria. Tandis que Bathory est arrêté et fusillé, Sandorf est laissé pour mort. Quinze ans après ces tragiques événements, Pierre, le fils de Bathory, s’éprend de Sava, la fille du banquier Toronthal. Or, Sarcany convoite lui aussi le cœur de la jeune femme, espérant ainsi rétablir sa fortune qu’il a dilapidée. C’est alors qu’un navire inconnu entre dans le port de Raguse, avec à son bord un certain docteur Antékirtt, dont le regard serait doué d’une prodigieuse puissance magnétique. Enlevée par Sarcany, Sava se refuse à lui. Elle est sauvée par les hommes de main du mystérieux docteur, Pescade et Matifou, puis ramenée vers Pierre, qui, grâce à Antékirtt, a survécu à l’agression mortelle de Sarcany. Il s’avère bientôt qu’Antékirtt n’est autre que Mathias Sandorf et que Sava est en réalité sa fille. L’heure de la pénitence a sonné et Silas, Sarcany et Carpena sont envoyés par Mathias Sandorf sur une île qui sera engloutie par une gigantesque explosion.
  • Casting
    Romuald Joube, Yvette Andreyor, Jean Toulout, Paul Vermoyal, Gaston Modot 
Affiches des épisodes

Pour l’affiche de l’épisode 1, cette composition, très spectaculaire, au centre de laquelle se dresse entre deux murailles de roches rougies par le couchant, ombre sinistre et menaçante, la tour où sont reclus les patriotes hongrois, est digne des lavis fantastiques de Victor Hugo, avec ses étranges constructions, pont-levis et échafauds. Elle annonce les aplats flamboyants, tout en contrastes, dont usera Dutriac et qu’on retrouvera chez Roger Broders pour ses affiches de tourisme. Voilà un travail magnifique et d’un réel intérêt artistique.

Pareille scène ne figure pas au roman pour l’affiche de l’épisode 4 ! Il s’agit vraisemblablement ici, soit d’une explication entre Sava Toronthal et son banquier de prétendu père (Vous n’êtes pas mon père !), soit d’une autre avec l’homme auquel elle est promise, l’ignoble et violent Sarcany. Très belle et théâtrale affiche dont le dynamisme et l’esprit du trait rappellent les flambantes couvertures des romans des années vingt. Traités presqu’en noir et blanc, étrangers à l’éclairage, les personnages se découpent violemment sur la lueur de feu répandue par les braises d’un âtre imaginaire.

Affiche de l'épisode 1
Épisode 3
Épisode 4
Épisode 8
Affiches américaines

Présentation américaine tiré du « The Moving Picture World », June 3, 1922

la petite histoire

Le projet de mettre à l’écran le roman naît en mai 1919. Michel Verne, qui ne participe pas à la réalisation, donne l’autorisation des scénarios des différents épisodes. Louis Nalpas en commence le découpage et pense d’abord à en confier la réalisation à René Le Somptier mais choisit finalement Henri Fescourt qui le rejoint à la villa Liserb le 20 juin. Serge Sandberg demande alors à Nalpas la rédaction d’un rapport sur le rendement des œuvres de Jules Verne exécutées en épisodes.

Fescourt reçoit pour ce travail des appointements de 36 000 francs dès le 1er juillet. Le 7 juillet 1919, cinq épisodes sont découpés et prêts à être tournés. Le 18 juillet, Naplas informé Sandberg qu’il est en pourparlers avec Romuald Joubé pour qu’il tienne le rôle du personnage de Mathias Sandorf et avec Jean Toulout pour celui de Toronthal.
Gaston Lavrillier, un jeune graveur, est chargé des trucages. Une grève d’électriciens du studio et des accidents lors de scènes sous-marines, entrainent un retard du tournage qui ne commence qu’à la fin du mois de septembre 1919.

En 1921, un ciné-feuilleton du roman, écrit par Michel Verne, est publié dans L’Intransigeant entre le 9 juillet et le 9 septembre 1921, en parallèle du film et contribue à son succès.

« Voici, par exception, un sérial qui, sans être d’un genre absolument inédit, possède cependant, en même temps que de réelles qualités d’exécution, un sujet plein d’action et d’imprévu, capable d’intéresser (…) M. Henri Fescourt, qui, avec la Nuit du 13, s’était révélé metteur en scène accompli, a su, là encore, faire preuve de science, de goût et d’imagination. C’est ainsi qu’il nous fait assister, au cours du second épisode, à une évasion qui est bien la plus belle chasse à l’homme que nous ayons vue. Et quand on sait que M. Fescourt, pour tourner ses neuf épisodes, n’a utilisé que durant quelques heures la lumière artificielle, on ne peut, après un tel tour de force, que lui pardonner de ne pas avoir toujours doté son œuvre d’une photographie très égale. » (Gaston Tournier, dans « L’Écho de Paris », 15 juillet 1921)

L’adaptation d’Henri Fescourt, qui fut présentée à l’époque en neuf épisodes distincts, n’est visible aujourd’hui que dans une version incomplète, de nombreuses scènes ayant été perdues. Il est donc difficile de se faire un avis définitif sur la qualité du film. Néanmoins, on peut encore admirer une belle scène d’évasion sous un orage, dotée de superbes effets visuels créés avec la collaboration de Gaston Lavrillier, lauréat du prix des effets spéciaux de Rome en 1919.

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« Cine revue » N°12 du 18 au 23 juin 1921

photos

Mathias Sandorf : Photos Henri Fescourt – 1921

la restauration
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