Le Festival de Cannes - 1960 / 1969
1960

Présenté en sélection officielle, « L’avventura », de Michelangelo Antonioni est très mal accueilli par le public lors de sa projection. Monica Vitti, son actrice principale, sort en larmes de la salle et se fait injurier. Le soir même, lors d’un dîner de gala organisé au Palm beach par la production de « L’avventura », un incident éclate entre le chanteur Dario Moreno, qui se produit devant les convives, et l’acteur Alain Cuny, l’un des interprètes principaux de « La dolce vita ». Alain Cuny, choqué par l’accueil fait à « L’avventura », s’indigne que l’on fasse un triomphe au « pitre » Moreno après avoir hué Antonioni, et invective publiquement le chanteur, le comparant au « poisson énorme et visqueux » qui apparaît à la fin de « La dolce vita ». Dario Moreno répond à Alain Cuny : « Monsieur, je regrette beaucoup les paroles que vous venez de prononcer parce que moi je vous admire beaucoup ». Alain Cuny est ensuite exclu du festival par le délégué général Robert Favre Le Bret. La polémique autour de « L’avventura », qui reçoit finalement le prix spécial du jury, est citée comme l’un des « scandales » du festival de Cannes

Affiche 1960

L’affiche est une création originale de Jean-Denis Maillart.

L’âge d’or du cinéma italien est passé par la croisette avec, notamment, le chef-d’œuvre de Federico Fellini, « La Dolce vita », palme d’or à l’unanimité en 1960 mais qui suscite un scandale en Italie et une polémique avec le Vatican. « Le film ne raconte rien à leur yeux, explique Thierry Frémaux au micro franceinfo de Thierry Fiorile. Il y a quelque chose d’une puissance, scope noir et blanc formidable, qui les dépasse ».

Pour le délégué général du festival de Cannes, cet âge d’or italien marque « le début du cinéma moderne » et de « ces films légendaires qui ont été mal accueillis et auxquels le temps a rendu justice ». Il rend aussi hommage à Georges Simenon, écrivain et président du jury cette année-là, « qui va reconnaître d’emblée la marque ‘auteur’ de « La Dolce vita » et de la grande personnalité artistique de Fellini ». « Il faut se rappeler, conclut Thierry Frémaux, que le festival a été créé pour valoriser l’art cinématographique », que ce n’est pas « le festival des films commerciaux ».

1961

« Exodus » d’Otto Preminger inaugure le quartozième Festival International du Film, le 3 mai 1961, sous la présidence de Jean Giono. Deux films avec Claudia Cardinale sont projetés : « La Fille à la valise » de Valério Zurlini et « La Vaccia » de Mauro Bolognini. Alain Delon et René Clément présentent le film « Quelle joie de vivre« .

Deux films sont très controversés: « Viridiana » de Luis Bunuel et « Mère Jeanne des Anges » de Jerzy Kawalerowicz. Le clergé de Varsovie a entamé une procédure contre ce dernier, pour atteinte à la dignité de l’Eglise. Le jury, présidé par Jean Giono, décernera la Palme d’Or au film espagnol et le Prix spécial du jury au film polonais. Une seconde palme d’or sera attribué au film « Une aussi longue absence », de Henri Colpi.

Le festival a également projeté le premier film de Shirley Clarke, « The Connection », grâce aux efforts de la French Film Critics Guild. Le succès du film conduit le festival à créer l’année suivante la Semaine Internationale de la Critique.

Affiche 1961

L’affiche officielle est une création originale de A.M. Rodicq.

En 1961, Alain Delon vient au Festival de Cannes pour la première fois de sa carrière présenter le film « Quelle Joie de vivre » de René Clément, en course pour la Palme d’Or.

Ouverture du festival 1961
Ouverture du 14ème festival international du film de Cannes: Les starlettes sont sur la plage et les vedettes montent les marches.
10 mai 1961

Montée des marches mouvementée au festival de Cannes 1961
Véritable cohue sur les marches du palais pour la venue de Gina Lollobrigida.
13 mai 1961

1962

Le Président du Jury est le poète japonais francophile Tetsurō Furukaki et Katharine Hepburn reçoit le prix d’interprétation féminine.

La première sélection parallèle à la Compétition officielle s’ouvre en 1962, sous le nom de Semaine de la Critique, ce qui permet au festival de s’étoffer tant dans sa programmation que dans sa vocation. Même si cela ne fait toujours pas décoller le marché du film.

La Semaine de la Critique est le véritable foyer (« dans la pénombre des spotlights ») de nouveaux talents, puisqu’elle ne regroupe que des premières ou secondes œuvres. Très révélateur du futur cinéma mondial (Campion, Loach, Ouedraogo…), la section est avant-tout innovatrice, exploratrice et surtout elle doit aider les cinéastes à transiter vers le Festival dès leur film suivant. Une manière pour le festival de s’assurer la fidélité des futurs grands….

On élargit la croisette (de deux à quatre voix, avec une rangée de palmier au milieu), en déplaçant des milliers de mètres cubes de sable. Gene Tierney est à l’honneur. les mythes de Californie retrouve leur éclat sur la Côte d’Azur. Palme suprise pour un film brésilien, et sinon prix spécial pour les « habitués » Antonioni et Bunuel. Le festival donne l’impression de faire du sur-place en sélectionnant année après année les mêmes réalisateurs. Cette année-là on notera cependant l’invasion du cinéma africain, ce qui est politiquement correct en ces temps de décolonisation.

Affiche 1962

L’affiche officielle est une création originale de A.M. Rodicq.

Première apparition de la Palme dans une forme proche de l’actuelle sur le règlement officiel du Festival 1962.

Le Festival s’enferme dans une couleur trop « française », ce qui l’empêche de dominer Berlin, Venise, ou Locarno. Pourtant ici le public s’exprime comme nulle part ailleurs: Ce qui vaut un accueil glacial à Bresson, adoré autant que contesté….

Delon, aux bras de Monica Vitti ou Romy Schneider. Tout le cinéma en quelques photos. Tout le strass et le glamour nécessaire. Juste éclipsés par le fiévreux couple américain: l’ange Warren Beatty et la Maria de West Side Story, Natalie Wood. Sea, Sex and Sun…Et puis l’homme de toutes les femmes, Marcello Mastroianni, star chérie du Festival pendant 4 décennies.

Pour le 15ème festival, le Ministre de l’information Alain Peyreffitte est venu présider la Journée de la Presse filmée internationale. Romy Schneider et Sophia Loren sont assaillies par les photographes.
Le 16 mai 1962

La nouvelle carrière de RomySchneider
Romy Schneider explique pourquoi et comment elle a changé, passant des « pâtisseries viennoises » de la série des Sissi à des rôles plus ambitieux avec des réalisateurs exigeants.
Le 11 mai 1962

Johnny Hallyday au Festival
Visite-éclair de l’idole des jeunes Johnny Hallyday à Cannes : arrivée en avion, voiture décapotable, scooter, plage, autographes, twist et soirée endiablée au Whisky à Gogo.
Le 19 mai 1962

1963

Alfred Hitchcock inaugure le seizième Festival de Cannes avec son film « Les Oiseaux » avec Tippi Hedren et Rod Taylor. Cette cérémonie est officialisée avec la présidence de Habib Deloncle, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Un gala de bienfaisance au profit de la Croix-Rouge Française, est organisé par la télévision française, sous l’égide de l’eurovision. Maria Schell est nommée présidente du Jury du Festival Internatinal du Film Croix-Rouge, et un colloque cinéma-télévision présidé par le cinéaste René Clair a lieu.

Nico Papatakis présente « Les Abysses« . Parmi les jurés Armand Salacrou (Président), Jean de Baroncelli, François Chavane, Robert Hossein et Wilfrid Baumgartner représentèrent la France. Fedérico Fellini clôture le seizième Festival International du Film de Cannes avec « Huit et Demi« , en présence de Alain Peyrefitte, ministre de l’Information.

Affiche 1963

Affiche officielle est une création originale de Jean-Denis Maillart.

Claudia Cardinale caresse un vrai guépard au Festival de Cannes, en mai 1963. Getty Images

Le 23 mai 1963, une démarche – littéralement – féline fait l’objet de toutes les attentions sur la plage du Carlton de Cannes. Pour le film « Le Guépard », en présence des deux têtes d’affiche, mondialement célèbres, que sont l’Italienne Claudia Cardinale et l’Américain Burt Lancaster (la troisième, absente, étant le Français Alain Delon), et du réalisateur, Luchino Visconti, une séance de photographies est organisée sur la plage avec un vrai guépard. La stratégie adoptée se révèle gagnante: Allier, pour un film franco-italien, des vedettes populaires en Italie, en France et aux États-Unis, présenter le film au Festival de Cannes afin de lui donner une légitimité (il remporte le Grand Prix) et une visibilité permettant une grande diffusion en Europe et son exportation aux États-Unis.

Arrivée des premières vedettes au 16ème festival de Cannes, avec en invité d’honneur Alfred Hitchcock, accompagné de Tippi Hedren.
Le 15 mai 1963

Visite d’Alfred Hitchcock à Cannes, venu avec son interprète Tippi Hedren présenter hors compétition le film « Les Oiseaux ».
Le 12 mai 1963

1964

De 1964 à 1974, le Grand Prix du Festival international du Film est rétabli, la Palme d’or n’est plus décernée.

C’est la révélation Deneuve, avec « Les Parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy, la comédienne la plus sélectionnée de l’histoire du festival. Gracieuse et belle, joyeuse et triste, mélancolique et intense, elle parfume le Festival d’une rare aura pour une ingénue inconnue.
Et puis en face Truffaut et sa soeur Dorléac pour « La Peau Douce ». Film accueilli durement. Dorléac pourtant changeait de registre, et les journaux n’ont parlé que d’une rivalité virtuelle entre les deux soeurs. Deneuve la timide délicieuse, et Dorléac l’exhubérante star. Mais Truffaut, accusé d’avoir trahi la Nouvelle Vague, en sortira ébranlé. Et refusera désormais de venir en compétition

En 1964, pour la première fois, le Président du jury n’est pas un académicien mais un cinéaste. Il s’agit de Fritz Lang. Depuis sa création, les hommes de lettres se sont succédés au jury du Festival: André Maurois, Marcel Achard, Marcel Pagnol, Maurice Genevoix, Jean Giono et bien d’autres. Qualifié à ses débuts d’art mineur, le cinéma a besoin d’une légitimité qui lui est d’abord donnée par les instances intellectuelles et culturelles reconnues, comme l’Académie Française. Par la suite, le 7ème art s’émancipe progressivement et les jurés sont de plus en plus souvent issus du monde du cinéma.

Affiche 1964

L’affiche officielle est une création originale de Jean-Claude Moreau

Reportage consacré au 17ème festival international du film de Cannes.Extrait du court-métrage de François Reichenbach « La France derrière une caméra » et du film « The pumpkin eater » de Jack Clayton.
Le 12 mai 1964

Panorama de la sélection du 17ème Festival de Cannes et soirée triomphale pour « Les Parapluies de Cherbourg« .
Le 15 juillet 1964

1965

En 1965, l’actrice Olivia de Havilland est la première femme Présidente du jury, suivie l’année suivante par Sofia Loren.

Puisque le Festival évite la Nouvelle vague Française, il surfe sur celle plus éphémère venue d’outre-manche.
« Mary Poppins » vole au dessus de Londres, hors-compétition…et la Grande-Bretagne sait comment avoir « le knack » et la Palme d’or.
En pleine Beatlesmania, Cannes écharpe la mode et les tendances, et vire british. Au milieu d’oeuvres sérieuses, le film de Lester fait rire les festivaliers, et déclenche un impact inattendu, puisque surprenant tout le monde. L’occasion de révéler une certaine Charlotte Rampling. Mais la vraie vedette, toujours très britannique, c’est 007. Sir Connery et Girl Andress sont séparément et pour des raisons différentes les sex-symbols de l’année.

Affiche 1965

L’affiche officielle est une création originale de DR

Ouverture du 18ème festival, puis résumé en images d’archives des temps forts des précédents festivals, depuis la première édition en 1946. Le 19 mai 1965

Panorama de la sélection du 18ème Festival.
Le 22 mai 1965

Sean Connery explique les raisons du succès de la saga des « James Bond« . Le 27 mai 1965

1966

Le marché prend de l’ampleur, Cannes se dessine son profil à venir. Les grosses productions sont présentées hors-compétition, ne subissant pas ainsi les foudres des critiques, le risque d’un public lunatique. « Docteur Jivago » est ainsi présenté à Cannes, surtout pour profiter des médias très présents. Coté français, on introduit un trio de choc: De Funès-Oury-Bourvil, qui promotionnent « La Grande Vadrouille ». Le film sortira six mois plus tard, et deviendra le plus grand succès de l’Histoire du cinéma Français. Variety lance son édition quotidienne en anglais.

« Un homme et une femme », film du réalisateur français Claude Lelouch, alors âgé de 28 ans, est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes.

Cette histoire d’amour interprétée par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant est unanimement fêtée par les festivaliers. Il remportera le Grand Prix du Festival International du Film.

« La Religieuse » de Jacques Rivette est interdit par la censure. Le film est néanmoins sélectionné à Cannes, audace saluée par André Malraux, alors ministre de la Culture.

Affiche Officielle 1966
René Ferracci © ADAGP

Affiche 1966

Jacques Rivette parle de son film « La Religieuse »
Séance photo avec Anna Karina, puis entretien avec Jacques Rivette qui explique la trame de son film « La Religieuse », d’après Diderot, et se défend d’avoir fait une oeuvre « bassement anticléricale ».
Le 09 mai 1966

Géraldine Chaplin, pour la première fois au Festival de Cannes, imite sur la jetée les attitudes de son père, parle de son célèbre patronyme et de son rôle dans « Docteur Jivago« . Le 16 mai 1966

Reportage sur Claude Lelouch, 28 ans, venu présenter son film « Un homme et une femme ». La caméra le suit tout au long de sa participation au Festival de Cannes.
20 mai 1966

Sophia Loren parle de la façon dont elle conçoit son rôle de présidente du jury. Le 05 mai 1966

Chroniques cannoises: Sammy Davis Junior se promène sur la Croisette, Orson Welles célèbre son film « Falstaff« , Bourvil et De Funès se tordent de rire devant le strip-tease de Terry Thomas, Jeanne Moreau gravit les marches du Palais des Festivals. Le 14 mai 1966

1967

 Le 12 mai 1967, l’arrivée de Brigitte Bardot, mythe et égérie de l’époque, devenue une véritable star grâce à « En cas de malheur » et « Et Dieu créa la femme », suscite une véritable émeute sur la Croisette. Au bras de son second mari Gunther Sachs, – un homme d’affaire multimillionnaire – Brigitte Bardot tente de se frayer un chemin vers le Palais des Festivals, encerclée par une foule survoltée.
Une montée des marches aux allures hollywoodiennes, digne de l’accueil reçu par l’acteur américain Gary Cooper, autre invité prestigieux des festivités.

Le prix de la première œuvre a été remis au réalisateur algérien Mohamed Lakhdar Hamina pour « Le vent des Aurès ». Le même qui recevra la Palme d’Or en 1975.

« Blow-Up » de Michelangelo Antonioni reçoit le Grand prix International du Festival

Affiche 1967

L’affiche officielle est une création originale de Ferracci.

Claude Lelouch, Yves Montand et  Annie Girardot au Festival de Cannes 1967.

Brigitte Bardot et Gunther Sachs, entourés de policiers, tentent de se frayer un chemin dans la cohue des journalistes, pour entrer dans le palais des festivals de Cannes.
Le 12 mai 1967

Extrait de la cérémonie de remise des prix du 20ème festival international du film de Cannes, où Michelangelo Antonioni est couronné pour son film tourné en Angleterre, « Blow Up« .
Le 12 mai 1967

1968

Le festival débute le 10 mai 1968 avec la projection du film de 1939 « Autant en emporte le vent » réalisé par Victor Fleming alors que les événements de Mai 68 battent leur plein à Paris. La période est d’autant plus sensible, pour le cinéma français, qu’il sort de l’affaire Langlois: En février 1968, André Malraux, le ministre de la Culture, a tenté d’écarter de la gestion de la Cinémathèque française son fondateur Henri Langlois. Même s’il est revenu sur cette décision en avril, l’affaire a marqué la profession.

 

Alors qu’une vague populaire de contestations embrase le pays, le festival de Cannes entame sa 21ème édition. Jean-Luc Godard, Roman Polanski, François Truffaut et Louis Malle, la nouvelle vague du cinéma français, mènent des débats passionnés, enfermés dans le Palais des Festivals, pour répondre à la question : Faut- il arrêter le festival? Ils réalisent qu’ils ne peuvent pas – à force de films, de cocktails et de robes de soirée – se désintéresser pendant 15 jours, de ce qu’il se passe dans le pays. Le film revient avec des archives rares sur ces neufs jours qui virent des cinéastes empêcher la projection de leurs propres films. Entre coups de gueules, de poings et d’éclats, le plus beau film est celui qui s’est déroulé sur place et qui a marqué le renouveau du festival.

L’ambiance à Cannes est électrique, surtout parmi les jeunes cinéastes.

 » Tout ce qui est un peu digne ou important est arrêté en France. Je propose que nous arrêtions Cannes pour réunir les états généraux du cinéma français ! « , lance François Truffaut.

Les jurés démissionnent les uns après les autres: Louis Malle, puis Monica Vitti et Roman Polanski. Les débats et les grèves qui paralysent le Palais s’enveniment. Le 18 mai, à l’apogée de la contestation, Carlos Saura et Géraldine Chaplin empêchent la projection de leur film « Peppermint frappé » en se suspendant aux rideaux. Le 19 mai, Le président du Festival Robert Favre Le Bret met un terme à cette édition pour éviter d’autres dérapages.

Aucun prix n’est remis cette année-là.

Affiche 1968

L’affiche officielle est une création originale de Beaugendre.

Festival de Cannes, Mai 1968
Le 17 mai 1968

1969

Les États généraux du cinéma, réclamés par François Truffaut lors de l’édition avortée de 1968, n’auront pas lieu. De cette avortement, beaucoup croyait à la mort de l’événement. Au contraire il en est ressorti plus fort, et plus ancré dans son époque.

Sa réforme le conduit à revoir son mode de sélection, à se libérer des pressions diplomatiques, à accueillir de nouveaux formats, y compris le 16 mm et à ouvrir la Quinzaine des Réalisateurs, seconde section parallèle, initiative de la Société des Réalisateurs de Films qui va faire éclore un cinéma prenant son emprise dans la réalité et qui se veut un panorama mondial des films d’auteurs ne tenant pas compte « des budgets ou des formats de tournage, de la censure ou des dosages politiques et commerciaux »..

L’ouverture se fera dans une salle comble du Vieux Rex, par le réalisateur Jacques Doniol-Valcroze. Cette quinzaine sera une alternative voire une concurrente de la sélection officielle. Elle répond surtout à une demande d’ouverture vers un cinéma artistique, expérimental, à l’idéologie plus radicale. On y découvrira des noms comme Wim Wenders, Jim Jarmusch, Spike Lee. Un viviers de talents.

Avec le recul, on peut dire que Mai 68 aura permis au Festival International du Film de se réaxer vers une vision plus artistique. Pourtant aujourd’hui la Quinzaine est le lieu favori des agents et des distributeurs, puisqu’elle permet d’exposer un film de manière attractive. Il s‘agit d’une « rencontre parfois unique entre une équipe qui a mis le meilleur de son talent et un public, inconnu, dans un instant de pure émotion ».

Peter Fonda pose aux côtés de Jack Nicholson et Mylène Demongeot au festival de Cannes 1969 où est présenté « Easy Rider« , véritable phénomène culturel.© HUFFSCHMITT/SIPA

Affiche 1969

L’affiche officielle est une création originale de DR

La grande force de Cannes a été d’accepter la critique, de s’en nourrir et de s’améliorer grâce à elle. On l’a remarqué en 58, et c’est encore le cas à l’aube des années 70. Cannes mue, et change de ton.
Ce sont donc des œuvres anti-conventionnelles, corrosives, cyniques, accusatrices, et donc suscitant la polémique qui ouvrent le bal et font parler d’elles. Du Grand prix International du Festival « If » à « Z » de Costa-Gavras. Ce qui vaudra un emportement colérique de la part de Montand vis-à-vis de la presse.

Luchino Visconti, président du jury, veut distinguer un cinéma innovant et audacieux. Le Festival s’est accroché au fil du temps. Il devient politique à partir de cette année, il est même devenu un tremplin pour la future Flower Power Generation: « Easy Rider », porte-parole de la culture hippie, se voit refuser son visa de sortie par Washington. Son réalisateur Denis Hopper remporte pourtant le « Prix de la première œuvre » et par la-même atteint son mythe sur la croisette, avec l’odeur sulfureuse du Hasch

On salue aussi le provoquant et contestataire Marco Ferreri. Et Altman fait son apparition un an avant « M.A.S.H. ».

Bertolucci, Téchiné, Raffelson, Oshima, et même Bresson sont présents pour l’inauguration de ce qui sera le « Must » de la Croisette.
Elle est la conséquence directe de Mai 68 et des États Généraux du Cinéma, et quelque part l’aboutissement de la Nouvelle Vague.

Robert Favre le Bret projette le film d’Andrei Tarkovski, « Andrei Roublev ». Il en avait vu une version inachevée en URSS trois ans plus tôt en 1966, mais les autorités soviétiques empêchaient l’auteur de terminer son film.

L’URSS a bloqué son film pendant 3 ans. La censure de cet état athée n’a pas permis à « Andrei Roublev » de Tarvkoski d’être projeté avant. Le film narre quelques passages de la vie d’un moine peignant des icônes du XVème siècle. Les festivaliers sont enthousiasmés par l’œuvre. Les conditions de travail de Tarkovski seront améliorées par cet écho favorable. Ses films suivants, « Solaris » et « Stalker », trouveront aussi le succès à Cannes.

Panorama de la sélection du 22ème Festival, et entretien avec Robert Favre le Bret et Maurice Bessy sur cette sélection présentée à Cannes.
Le 15 mai 1969

A l’avenir, la reconnaissance rencontrée à ce rendez-vous international permettra à d’autres auteurs de lutter contre la censure ou les difficultés financières. En s’ouvrant progressivement aux « films d’auteur », le Festival a fait connaître au plus grand nombre une « cinéphilie savante et indépendante », selon l’expression de Jean-Louis Fabiani, contribuant par là même à la construction de cette cinéphilie, en lui donnant une légitimité.

Et un an après le clash, les stars sont de retour: les fidèles comme Omar Sharif, Trintignant, Vanessa Redgrave et les nouveaux tels Liv Ullman, Malcom McDowell, Jack Nicholson, …. Annie Girardot démarre sa plus belle décennie sur les marches du Palais. Et pour la première fois la soirée de clôture est diffusée à la Télévision Française. Une nouvelle ère commence. Le cinéma devient instrument de dénonciation.

Extrait de la cérémonie de remise des prix et Grand Prix à « If » de Lindsay Anderson.
Le 23 mai 1969

Liens

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http://www.cinetom.fr/archives/2011/05/10/21098652.html
https://www.linternaute.com/cinema/evenement/1305576-festival-de-cannes-chic-et-glamour-depuis-70-ans/1305745-alain-delon
https://fresques.ina.fr/festival-de-cannes-fr/parcours/0003/1960-1968-le-cinema-gagne-en-legitimite-et-s-ouvre-a-de-nouveaux-horizons.html
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1962/affiche
http://www.cannes-fest.com/an1962.htm
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1963/affiche
http://www.cinetom.fr/archives/2012/05/19/24294366.html
https://histoire-image.org/fr/etudes/festival-cannes
https://madame.lefigaro.fr/celebrites/photos-claudia-cardinale-et-un-guepard-sur-la-plage-festival-de-cannes-1963-100518-148610
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1964/affiche
https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_Cannes_1964
http://www.cannes-fest.com/an1964.htm
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1965/affiche
http://www.cannes-fest.com/an1965.htm
http://www.cannes-fest.com/an1966.htm
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1966/affiche
https://eternity-editions.com
http://www.cannes-fest.com/an1967.htm
http://www.linternaute.com/cinema/festival-de-cannes/60-ans/scandales/2.shtml
https://madame.lefigaro.fr/celebrites/photos-de-brigitte-bardot-moment-culte-au-festival-de-cannes-en-1967-090518-148601
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1967/affiche
https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_Cannes_1968
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1968/affiche
http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/56141_1
https://fresques.ina.fr/festival-de-cannes-fr/parcours/0004/1969-1977-le-festival-en-phase-avec-son-epoque.html
https://www.festival-cannes.com/fr/73-editions/retrospective/1969/affiche
http://www.cannes-fest.com/an1969.htm
https://www.linternaute.com/cinema/magazine/2261112-la-vie-de-peter-fonda-en-images/2261116-au-festival-de-cannes-1969

Le Festival de Cannes - 1960 / 1969
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