Les Studios de la Victorine - Partie 1

Comment ne pas débuter cette chronique sans parler d’une des légende qui a fait de notre ville un incontournable du cinéma ? Comment ne pas s’intéresser à ce symbole cinématographique qui connut ses plus grandes heures de gloire en un temps où les studios de cinéma Hollywoodien dominaient le Monde ? Comment ne pas passer à côté de cette histoire, vieille de 100 ans, et qui a vu défiler au fil du siècle de grands acteurs et réalisateurs français et étrangers ?

Jean Gilletta, Villa la Victorine [Arch. Aaron Messiah, ca 1901], ca 1901, photographie Nice, bibliothèque du chevalier de Cessole

Mais commençons par le commencement. Nous sommes vers la fin de quatre années de guerre contre l’Allemagne. L’industrie cinématographique américaine connait un succès fulgurant grâce à sa délocalisation à Los Angeles. Décors en plein air, diversités des paysages, grands espaces, soleil, contribuent à ce développement. Alors qu’Hollywood n’est qu’une petite commune de Los Angeles, les cinéastes y construisent des décors à ciel ouvert, les tournages y affluent, des techniques de réalisations y sont créées et de supers-productions voient le jour. Charlie Chaplin inaugure ses studios et y présente son soixante treizième films ! Les productions italiennes ne sont pas en reste et connaissent leur âge d’or en ces temps troubles avec des films à grand spectacle comme « Les derniers jours de Pompéi ». C’est la première à créer le mouvement avant-gardiste avec le futuriste. C’est aussi l’époque des films de « Diva ». La fin de la grande guerre annonce le déclin du film italien. Paradoxalement, le cinéma Allemand, bénéficiant des interdictions des films français et anglais, est à son apogée. Parallèlement, à la même période, trop accaparé par la guerre, le cinéma français périclite également. Quoiqu’il en soit, il ne reste alors que les productions américaines sur le marché mondial.

De la Villa Liserb aux Studios de la Victorine

Pour contrer cette avancée spectaculaire et unique, et voyant comme une menace le développement de l’industrie cinématographique allemande, Louis Nalpas, Turque né en 1884, alors directeur du Film d’Art à Paris va démissionner pour compléter sa formation chez Pathé, dans la Capitale, qui, depuis 1908, possède des studios à Nice, Route de Turin, et ne tournent que des films animaliers. Puis c’est au tour des studios Gaumont de s’installer à Carras en 1913 où une dizaine de films seulement furent tourner mais avec l’arrivée du cinéma parlant ils ne survécurent pas. Nalpas rêve de faire des films à la « Hollywood », avec des décors en plein air dans d’immenses studios. Ayant suffisamment appris le métier chez Pathé, il devient producteur et crée « La compagnie des films Louis Nalpas » et part s’installer à Nice.

Il prépare alors « La Sultane de l’amour » et quoi de mieux que le soleil et les grands espaces de Nice pour ressembler à sa Turquie natale pour tourner son film des milles et une nuit. Il obtient des fonds de Charles Pathé et compte tourner ses décors pleins airs sous le soleil, dans le désert de l’arrière-pays Niçois. Un jour, il tombe en admiration devant la Villa Liserb à Cimiez, au pied du Régina. Elle est détenue par un Sud-Américain (Liserb c’est Brésil à l’envers !) et un parc de quatorze hectare l’entoure. On y trouve des palmiers, des oliviers mais aussi un lac, deux grottes, un labyrinthe, des roseraies, une orangeraie, quatre pavillons de jardiniers, une ferme et même un terrain de tennis. Nalpas tombe sous le charme et loue la villa. C’est là qu’il tourne ses décors de « La Sultane de l’amour ».

Une scène du tournage du film La Sultane de l’amour au Parc Liserb, dans le quartier Cimiez, à Nice. 1919 - Photo L’Illustration
Jardin de la Villa Liserb – the-illustrated-london-news-07-03-1896 - p : 203
Affiche originale du Film « La fête espagnole » - 1919
Photo tirée du film « La fête espagnole » - 1919

Dans la vaste villa à l’italienne, il y installe toute sa production. Le film sort en 1920 et malgré la difficulté du tournage à cause des contre-jours dus au soleil, le film fut un succès. Grâce à cette réussite il devint l’un des plus populaires producteurs français. Son rêve de construire en France un véritable Los Angeles ne faiblit pas et selon lui il n’a pas meilleur endroit que la Côte d’Azur avec son splendide soleil pour concrétiser son projet fou et tout autant ambitieux. Il s’associe avec Serge Sandberg pour acquérir un terrain avec propriétés à l’abandon dans la banlieue proche de Nice pas loin des Studios Gaumont et que l’on nomme « La Victorine ». La construction démarre sous la direction architecturale d’Edouard Niermans, qui a déjà érigé le Négresco. Parallèlement à la construction des studios de la Victorine sur l’ancien domaine de Victor Masséna, Nalpas poursuit ses activités à la Villa Liserb de Cimiez. De là sortiront quelques films, avec notamment un personnage créé de toutes pièces pour Gaby Morlay par René le Somptier et Charles Burguet. Une série de dix comédies légères, dont trois seront tournées à Liserb « Des épaves à l’Essor » avec les productions « Louis Nalpas ».

« La Fête Espagnole » sortira encore de Cimiez….

Publicité pour l'ouverture des Ciné-Studio - La cinémathèque française - N°65 du 31 janvier 1920

…..ainsi que « Mathias Sandorf », une prouesse technologique photographique, tiré du roman de Jules Verne.

Mathias Sandorf : Photos Henri Fescourt - 1921
Affiche originale du film « Mathias sandorf » - 1921
Mathias Sandorf : Photo Henri Fescourt - 1921

Il achève également le film « Tristan et Yseult » et malgré les capitaux rapportés par ses productions, les travaux gigantesques de la Victorine, mais déjà obsolètes, engloutissent tout et la plupart des artistes qui l’ont accompagnés à Cimiez sont repartis travailler à Paris. Il cède ses parts à Sandberg et part pour l’Amérique. En 1922, Les studios de la Victorine sont inaugurés par le tournage de « L’Âtre » de Robert Boudrioz avec un certain Charles Vanel.

Photo tirée du Film « LÂtre » - 1922
Photo tirée du Film « LÂtre » - 1922

Ainsi s’achève la première partie de cette chronique consacrée aux prémices du cinéma muet noir et blanc avec la construction et l’inauguration des Studios de la Victorine et la fin des Studios aménagés dans la Villa Liserb, à Cimiez, aujourd’hui disparue, dont les débuts ont été primordiaux pour le cinéma Niçois.

Photos de la construction des Studios de la Victorine (Archives Pons-Navarre)

Dans la seconde partie nous poursuivrons avec l’une des périodes la plus faste de la Victorine avec la suite du cinéma muet jusqu’au cinéma parlant où tout a basculé…

Les Studios de la Victorine - Partie 1