Les Studios de la Victorine - Partie 2

Dans la première partie nous avons consacré notre chronique aux prémices du cinéma muet à Nice avec les Studios à ciel ouvert de la Villa Liserb et la construction des studios de la Victorine. Cette seconde partie va aborder la transition du muet à la sonorisation dans lequel les Studios de la Victorine vont en sortir grandit et vont voir leur succès s’étoffer malgré les passations fréquentes. Une période riche et passionnée.

Du muet au parlant

Sous la nouvelle direction de Sandberg, des Studios anglais, « La Stoll-Films », vient occuper La Victorine pendant sept mois, apportant projecteurs et groupes électrogènes qui n’existaient pas sur le site et leur nouveau studio ouvre en mai 1922. Ils y tournèrent plusieurs comédies mais aussi le drame « Fox Farm » De Guy Newall, tourné en juillet de la même année et sortit en 1930, et le film romantique du même réalisateur « The Starlit Garden » en 1923.

Extrait de British Pathé concernant le film « Fox Farm » tourné aux studios de la Victorine en 1922

Puis René Navarre tourna rapidement six ou sept films à épisodes avec sa société « Cinéromans », installé à Nice. Ainsi furent réalisés « Tue-La-Mort » et « Imperia ». Mais les films de plus en plus mauvais eurent raison de « Cinéromans » et Sandberg ferma les portes du Studio de la Victorine début de l’année 1923. Les « Cinés-Studios » en firent l’acquisition en septembre et après une longue période d’abandon, « La Nuit du vendredi 13 » commença son tournage….

… ainsi que la grande réalisation d’Albert Dieudonné « Catherine ou la vie sans joie » tourné en 1924 et sortit en 1929 et pour laquelle cinquante-sept décors furent construits.

Affiche originale du Film « Catherine ou une vie sans joie » - 1924

Extrait du film « Catherine ou la vie sans joie » – Scène tournée à Vence en 1924

Pour voir le film « Catherine ou la vie sans joie » tourné aux Studios de la Victorine en 1924

Un an plus tard, en 1925,  les « Cinés-Studios » revendent la Victorine à « La Société des Films Legrand » pour lesquels seront tournés « Des fleurs sur la mer » et « L’île sans amour » qu’il cède à leur tour à Rex Ingram, grand réalisateur américain des « Quatre cavaliers de l’Apocalypse». Commence alors la période faste pour la Victorine. Pour le tournage de son film « Mare Nostrum », Rex réunit les deux bâtiments vitrés en un seul studio noir. Il fait aussi construire un nouveau studio de tournage, une piscine de 25 mètres, des laboratoires avec les technologies les plus performantes de l’époque, des ateliers pour construire des décors avec les machines les plus perfectionnées et équipe la Victorine d’un groupe électrogène de 5000 ampères et en accord avec la ville de Nice, l’électricité lui est fourni jour et nuit. Il crée les « Ciné-Studios Rex Ingram ».

Extrait du film « Mare Nostrum » tourné aux studios de la Victorine en 1926

Affiche originale « Mare Nostrum » 1926
Affiche originale « Le Magicien » 1926

1er extrait du film « Le Magicien » tourné aux Studios de la Victorine en 1926

2ieme extrait du film « Le magicien » tourné aux studios de la Victorine en 1926

Extrait de la revue « Cinémagazine » du 10 Juin 1927 – P : 3

Pendant les trois années sous sa direction, six films y sont tournés. Un cabaret du port de Nice y est reconstitué d’une ressemblance remarquable pour le film « La fin de Monte-Carlo ».

Alfred Hitchcock vient y réaliser une scène pour son sixième film, « Le passé ne meurt pas » et Dimitri Kirsanoff tourne les intérieurs de « Sable ».

Affiche américaine « Le Passé ne meurt pas » - 1928
Photo tirée du film « Le Passé ne meurt pas » - 1928
Tournage du « Jardin d’Allah » au Studio de la Victorine, Nice. 1927

Quatre autres films sont en préparation et les Studios ne désemplissent pas. Quand Rex ne tourne pas, ses six autres studios sont loués à d’autres réalisateurs. Mais Rex ne peut mener de front ses deux carrières de producteurs et réalisateurs et met la Victorine en location. Il fit publier dans « La Cinématographie Française » l’annonce suivante :

« Les Rex-Ingram-Ciné-Studios de Nice pouvant contenir 6 compagnies, personnels, techniciens et experts, libres pour 6 mois. Matériel Hollywood dernier cri. Films à succès, américains, anglais, allemands, français et italiens réalisés dans ces studios. A portée des sites ravissants que peut demander votre scénario. Studios à des prix aussi bas que 1500 francs par jour. Pour plus amples renseignements, location, etc. télégraphiez Metrorex Nice ou écrivez à Harry Lachman, Rex Ingram Ciné Studios Nice. »

Les studios de la Victorine seront désormais dirigés par une société et non par un seul homme. C’est ainsi que la « Franco-Film », avec à sa tête Léonce Perret, la dirige alors jusqu’au début du cinéma parlant. Il y réalisera notamment « La danseuse Orchidee » en 1928 nécessitant la construction de 57 décors d’intérieurs.

Photos tirées du Film « La danseuse Orchidée » - 1928

On y prépare aussi le tournage de « Madame Récamier », de « Confetti » et des Studios anglais ont déjà retenus les studios pour la même période.

Photo tirée du Film « Madame Récamier » - 1928
Poster du Film « Madame Récamier » - 1928

La Victorine n’a désormais plus aucun concurrent sérieux sur la Côte d’Azur et Rex Ingram y réalisera en 1932 son dernier film « Baroud ».

Affiche originale du Film « Baroud » – 1932

Debout, la fameuse négresse que l’opérateur Burel alla chercher jusqu’à Londres tandis qu’Ingram la découvrait à Antibes!

Mais revenons un peu en arrière. Nous sommes en 1928 et la transition muet/parlant a déjà commencé un an plus tôt aux Etats Unis. La « Franco Films » détient la majorité des parts de la Victorine et Rex n’y tourne quasi plus. Les Studios tournent à plein régime et de nombreux réalisateurs réservent des mois à l’avance pour être sur d’avoir une place. La grosse production « Sheherazade » est en cours et Rex Ingram commence « Les Trois Passions ». Alors qu’aux Etats Unis, le premier film parlant est sorti le 6 octobre 1927, « Jazz Singer », exploitant un procédé de sonorisation appelé « Vitaphone », La France n’en est encore qu’au balbutiement. Mais devant le succès du film américain, dès 1929, les Studios de la Victorine envisagent de procédé à ce changement. Une machine pour la prise de son fut commandée directement en Amérique et on aperçut au milieu de cette année, un spécialiste Américain de découpage de sons, à Nice, venu collaborer avec Rex Ingram pour son film en préparation. D’importants travaux d’insonorisation sont réalisés. La société « Franco Films » disparait. En effet, hésitante devant cette nouvelle technologie, elle se retire au profit de la Société Aubert. Mais celle-ci ne résiste pas longtemps et Gaumont rachète la Victorine en 1932. Les Studios absorbent le tournant du sonore sans dommage. Et c’est en 1930, que le Film « Tarakanova », utilisant le procédé « Photophone » fut produit dans les Studios de la Victorine. C’est à proprement parlant le premier film, tourné à Nice, qui a une bande son mais pas encore de dialogues.

Pour savoir ce que c’est que le Photophone.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Photophone_(proc%C3%A9d%C3%A9_sonore)

Affiche du Film « Tarakanova » – 1930

Bande son originale de « Tarakanova » tourné aux studios de la Victorine en 1930

Deux ans plus tard, en 1932, « Baroud » de Rex Ingram, film parlant, sortait sur les écrans.

La transition est faite. Et les Studios de la Victorine à partir de cette date et jusqu’à aujourd’hui deviennent incontournables pour qui veux tourner sur la côte d’Azur.

Dans la troisième partie de cette Kronique des Légendes Niçoises consacrée Aux Studios de la Victorine, nous nous intéresserons à ce début de la sonorisation jusqu’après la seconde guerre mondiale où là aussi un tournant fut opéré riche en rebondissements encore une fois.

Les Studios de la Victorine - Partie 2